Le Grand Prix lycéen des Compositeurs
Depuis plusieurs années, les élèves de l’option facultative musique du lycée Blaise Pascal participent au Grand Prix lycéen des Compositeurs.
Il s’agit pour eux d’écouter des extraits d’œuvres représentatives des principaux courants musicaux d’aujourd’hui, d’en approfondir la compréhension grâce à l’aide de leur professeur, puis de rédiger un article critique qui sera publié dans la revue La lettre du musicien.
Les extraits choisis par le comité de sélection formé de journalistes et de musiciens sont :
Mark André Monographie
Pascal Dusapin Solos pour orchestre
Jean-Luc Hervé Dans l’heure brève-Déjà
Thierry Machuel Paroles contre l’oubli
Thierry Pécou Symphonie du jaguar
Jean-Baptiste Robin Cercles réfléchissants
Oscar Strasnoy Un retour
L’intérêt a été de montrer aux élèves qu’il peut exister plusieurs moyens d’approcher la musique et la création musicale :
Articles sélectionnés parmi les productions des élèves, et envoyés pour parution à la revue La Lettre du musicien
Jean-Luc Hervé : Dans l’heure brève - Déjà
C’est à l’écoute de cette pièce que l’on se rend compte que concilier tradition et modernité est une expérience tout à fait agréable. Le compositeur plonge nos esprits dans un univers qui tient quasiment de la fiction grâce au disklavier, un instrument presque inconnu par le public, et nous transpose dans le passé en nous rappelant les origines, les traditions de la musique classique, l’époque de la toccata et toute la virtuosité qui en découle.
Dans Je n'ai pas oublié..., Thierry Machuel écrit une musique tout à fait remarquable. En effet, il se base sur l'alternance des voix de femmes et des voix d'hommes, joue ainsi habilement sur les timbres. Il a mis en place tout au long du morceau un jeu d'harmonies et de dissonances, et cela crée une tension qui capte l'auditeur. Il utilise beaucoup de nuances qui illustrent parfaitement le sentiment tourmenté qu'il a voulu traduire. Cette musique est très plaisante.
Le 17 mars 2011, le grand prix a été attribué à Thierry Machuel pour son œuvre Paroles contre l’oubli, dont est extrait Je n’ai pas oublié…
Thierry Machuel est un compositeur, pianiste et enseignant qui a une passion : la musique chorale. C’est un goût qui lui est venu très tôt pour avoir chanté pendant toute son enfance dans la chorale de son père, se familiarisant ainsi avec un répertoire allant du chant grégorien aux auteurs d’aujourd’hui. Après ses études au Conservatoire de Paris, il oriente tout naturellement son travail de compositeur vers l’art vocal. Dix années de recherche et de partitions détruites. Puis il découvre la poésie de Paul Celan. L’œuvre de Celan est profondément marquée par la mort de ses parents dans les camps nazis et par son propre séjour en camp de travail. Thierry Machuel se rend compte à son contact que le texte est primordial dans son travail compositionnel, qu’il a besoin de textes ayant valeur de témoignage sur des événements réels. Il s’est donc appliqué à mettre en musique de nombreux poèmes d’écrivains-témoins (Langston Hughes, Ossip Mandelstam, José Angel Valente, Inger Christensen, Eugène Guillevic…).
C’est dans cette perspective que s’inscrit le travail de Machuel sur les écrits de prisonnier dans Paroles contre l’oubli et dans plusieurs œuvres encore en projet. Il anime depuis quelques années avec Anne-Marie Sallé des ateliers d’écriture à la prison centrale de Clairvaux (Aube). Les textes, écrits par les détenus, pour la plupart condamnés à de lourdes peines, sont ensuite mis en musique par le compositeur qui explique : « la voix des détenus n’est jamais entendue. On ne veut pas ou on ne peut pas l’écouter. Sa mise en musique permet à l’œuvre de porter leur voix hors des murs de la prison. » En effet, pour Thierry Machuel, l’art n’est pas seulement un havre de paix et de beauté. Il a pour fonction d’accompagner toute humanité. Les prisons, aux extrêmes de notre société, en révèlent la vraie nature. « Il n’y a plus de condamnés à mort, maintenant : il y a des condamnés à vie. »
Sur le plan musical, le travail de Thierry Machuel se caractérise par une attention extrême portée aux mots. Il part d’enregistrements du texte lu — éventuellement par son auteur — pour mettre en musique les inflexions, les accents et les rythmes de la voix parlée. Conserver l’intelligibilité du texte chanté est primordiale : il s’interdit donc les procédés techniques complexes, utilise le contrepoint avec parcimonie. Cette relative austérité d’écriture a néanmoins le souci de guider le public en douceur vers ce qu’il ne connaît pas. Accentus, Mikrokosmos, ou encore Les Cris de Paris, ont été parmi les premiers chœurs à défendre sa musique, aujourd’hui interprétée dans de nombreux pays. Le compositeur est convaincu, en effet, que la musique contemporaine peut être appréciée bien au-delà de son territoire actuel. Son travail régulier avec des chœurs amateurs va dans ce sens : « la musique contemporaine en France a, depuis 50 ans, négligé les chorales amateurs alors que c'est un extraordinaire réseau de diffusion et donc un vecteur idéal pour les sonorités nouvelles ».